Le Kit Kat Klub, lieu de toutes les intrigues du CABARET de Sam Mendes, ne pouvait élire domicile à Paris en meilleur endroit qu'aux Folies Bergère. Le concept de Mendes de reconstitution d'un cabaret de l'underground berlinois des années 1930 où le public fait partie intégrante du spectacle, trouve un écho particulier dans ce temple du music-hall parisien. En effet, à la différence des autres grands théâtres parisiens, aux Folies, on profite du spectacle en même temps que l'on jouit des mêmes libertés que dans les cafés : aller et venir, boire et fumer…
Inaugurées le 2 mai 1869, les Folies Bergère ont dès le début une réputation quelque peu sulfureuse, le spectacle a autant lieu sur scène que dans le hall et le promenoir. Sur scène se succédent des opérettes, des fantaisies lyriques, des pantomimes, des saynètes, des chansonnettes, des ballets, des exercices de gymnastiques, etc. Pendant ce temps-là, les spectateurs déambulent entre la salle et le hall dans l'immense théâtre où aucun espace n'est clos : au promenoir, des groupes se forment, discutent, gagnent le bar et s'asseyent pour consommer. Les provinciaux en voyage d'affaires appréciaient ces escales dans le hall impressionnant des Folies, décoré de plantes et de jeux d'eau qui lui donnent l'aspect d'un jardin oriental que les parisiennes de petite vertu hantent. "(…) ce théâtre, avec sa salle de spectacle dont le rouge flétri et l'or crasse jurent auprès du luxe tout battant neuf du faux jardin, est le seul endroit à Paris qui pue aussi délicieusement le maquillage des tendresses payées et les abois des corruptions qui se lassent", témoigne l'écrivain naturaliste Joris-Karl Huysmans dans ses Croquis parisiens publiés en 1880.
Au fil des ans, les Folies Bergère deviennent le temple parisien dédié à la femme. Cette identité atteint son apogée à la fin des années 1920 et début 1930 lorsque la "Perle Noire" Joséphine Baker est La Folie du jour (1926). Paul Derval, directeur du théâtre, tombé en extase devant "cette merveilleuse jeune fille, bâtie comme un Tanagra, qui mettait le feu aux planches" du Théâtre des Champs Elysées, l'engage immédiatement. Le moment fort du spectacle est la scène de la boule : "Une immense boule, couverte de fleurs, descendait du cintre lentement et venait se poser au milieu des musiciens. La boule fleurie s'ouvrait en deux : Joséphine apparaissiat alors presque nue, sur un miroir. Elle dansait, puis la boule se refermait à nouveau sur la glace et les câbles d'acier la remontaient lentement dans la coupole du théâtre", raconte Paul Derval dans ses souvenirs (Folies Bergère, 1954). Pendant que les plus belles danseuses se produisent nues sur scène, les petites dames légères du quartier viennent faire leurs "affaires" dans le promenoir légendaire, source de tant d'émotions. Huysmans témoigne : "Elle sont inouïes et elles sont spendides, lorsque dans l'hémicycle longeant la salle elles marchent deux à deux, poudrées et fardées, l'œil noyé dans une estompe bleu pâle, les lèvres cerclées d'un rouge fracassant, les seins projetés en avant sur des reins sanglés, soufflant des effluves d'opopanax qu'elles rabattent en s'éventant et auxquels se mêlent le puissant arôme de leur dessous de bras et le très fin parfum d'une fleur en train d'expirer à leur corsage".
Jacques Pessis évoque l'aura de ce fameux promenoir dans son histoire du théâtre publié en 1990 aux éditions Fixot : "La réputation du fameux pourtour des Folies Bergère a maintenant dépassé Paris. A Lyon, à Marseille, à Bordeaux, dans les grandes comme dans les petites villes, on ne vous demande jamais ce qui se passe à l'Opéra ou à la Comédie Française. "Que devient le pourtour des Folies", vous disent invariablement et mystérieusement ceux qui, pendant l'année, ont l'habitude d'effectuer quelques petits voyages jusqu'à la capitale… C'est dire si cet établissement est devenu le cauchemar, voire la terreur de toutes les dames de province. (…) Ce qui n'empêche pas le pourtour des Folies Bergère d'être envahi chaque soir par des hommes mariés qui, la veille ou le matin même, sont arrivés de province…"
Pour bon nombre des visiteurs occasionnels et des habitués des Folies Bergère, ce music-hall représente une véritable enclave de liberté et d'érotisme en plein cœur de Paris où tous les plaisirs des plus spirituels aux plus charnels peuvent prendre corps.
Le site officiel des Folies Bergère
http://www.foliesbergere.com
Visite virtuelle des Folies Bergère